Le rythme grégorien

Le mouvement sonore et le sens de l’ouïe

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L’étude du mouvement local, dans notre dernier article, nous a naturellement conduits à des considérations physico-mathématiques, permettant de décrire ce mouvement complexe qui est l’origine des sons que nous apprécions dans la musique. En poursuivant notre étude du mouvement sonore sur le plan de la perception sensible, nous entrons dans un domaine plus familier au musicien. En effet, pour ce dernier, ce n’est pas l’équation du mouvement qui compte, mais ce que perçoit son oreille délicate.

Dans un premier temps nous donnerons quelques détails sur la distinction entre ces deux plans, puis nous évoquerons les différentes propriétés du mouvement musical dans le plan de la sensation externe.

Le mouvement musical et la sensation interne

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Le mouvement musical et la sensation interne

Poursuivons avec Dom Frénaud, l’étude du mouvement musical. Après l’étude du mouvement local des corps physiques qui entrent en jeu dans la production du son, après le mouvement dans le plan de la sensation auditive, nous arrivons maintenant au plan de la sensation interne. C’est le cœur de son étude où il va justifier la distinction entre le mouvement musical dans le plan de la sensation auditive et le mouvement musical dans le plan de la sensation interne. C’est en même temps le point final de son étude. Commençant l’étude du mouvement musical adéquat en 1935, il s’engageait dans une première partie décrivant les trois catégories de mouvement dans la phrase musicale. Il nous reste à suivre Dom Frénaud dans le dernier volet de cette partie qui se poursuit en 1936 et 1939. En effet, il n’a pas eu l’occasion de continuer son étude, et la première partie décrivant les trois catégories de mouvement, ne sera jamais suivie d’une seconde, qui nous aurait sûrement donné de lumineuses indications sur le rythme.

1 Le problème soulevé et la méthode préconisée

Le problème

Physiquement, antérieurement à tout acte de connaissance, le mouvement local est seul réalisé dans l’émission sonore ; seul aussi il est enregistré par le sens externe de l’ouïe.[…] Mais si nous quittons ce domaine extérieur pour rentrer en nous-mêmes et considérer le contenu objectif total qui termine notre connaissance réelle et concrète de la phrase musicale chantée devant nous … nous devons reconnaître la présence d’un dynamisme nouveau… Un tel dynamisme n’est plus physique, mais psychologique 1.

Autrement dit, nous n’apprécions pas la musique comme un instrument de mesure (aspect local), ou seulement avec nos oreilles (sens externe), mais encore et surtout avec nos sens internes et notre intelligence. L’objet de notre propos est ici de justifier cette affirmation. L’enjeu est de taille. En effet la distinction de ces différents plans donne une lumière profonde et une justification théorique aux considérations de Dom Mocquereau sur le rythme.

Conscient de la difficulté du sujet, Dom Frénaud annonce qu’il va se contenter d’établir l’existence de ce mouvement psychologique. Il renvoie à plus tard, dans une étude qui ne verra en fait jamais le jour dans la Revue grégorienne, le soin de préciser exactement à quel stade de notre connaissance il se manifeste, quels facteurs peuvent le provoquer, quelle valeur objective doit lui être reconnue 2.