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À la recherche de la notion de rythme

            Les articles précédents ont présenté Dom Mocquereau et la question du rythme, qui sera au cœur de ses recherches. Pour résumer, on peut dire que passant de la musique du siècle à la musique du cloître, il est étonné que la théorie du temps fort, si communément admise, trouve une exception avec le chant grégorien. De là il en vient à soulever la question de manière plus sérieuse pour trouver une réponse générale à toute la musique. Qu’est-ce que le rythme en général ?

            Avec ce quatrième article, nous voudrions exposer la réponse à cette question en nous appuyant sur les premières pages du Nombre Musical Grégorien. C’est une œuvre synthèse, qu’il a publiée au terme de longues années de recherche. Nous ne suivrons pas ici le fil de sa démarche, mais nous nous arrêterons sur la présentation qu’il donne à l’issue de son travail de recherche. Ces premières pages cernent la notion du rythme dans toute sa généralité, la suite de l’ouvrage détaillera les différents aspects du problème rythmique dans le cadre du chant grégorien.

1. Rythme, es-tu là ?   2. Le rythme dans le mouvement sonore   3.  Qu'est-ce que le rythme ?........  Lire la suite .......

 Le rythme en quelques notions philosophiques

          Dans un article précédent, nous avons brièvement présenté la notion du rythme dégagée par Dom Mocquereau. Il reprend la définition de Platon : Le Rythme est l’ordonnance du mouvement. L’explication de cette définition fait appel aux notions d’ordre, de relation, d’unité, de forme et de vie, qui renvoient manifestement à la philosophie d’Aristote et de St Thomas d’Aquin.

            Nous voudrions ici situer ces notions dans l’enseignement de ces deux auteurs pour mieux cerner la notion du rythme.

Le rythme, un phénomène objectif ?

La notion du rythme présentée par Dom Mocquereau nous a tout naturellement conduit à des considérations de philosophie scholastique. Au terme d’un bref parcours dans ce riche univers, nous avions situé le rythme par rapport aux notions de matière, de forme, de substance, d’accident et de relation. Le rythme est un ensemble de relations entre les différents éléments du mouvement sonore qui sont les notes pour un musicien.

La présentation que nous avons donnée, incite à voir dans le rythme un ordre objectif du mouvement musical, qui préexiste à notre perception, c’est-à-dire en terme philosophique un ensemble de relations réelles, comme celle qui existe entre père et fils. Nous reviendrons ici sur ce point pour y apporter davantage de lumière. Le rythme est-il ou non un phénomène objectif ? Au fond, il s’agit toujours d’éclairer la définition donnée. Lorsqu’on a dit que le rythme était relation, qu’avons-nous dit ? Quel sens cela a-t-il concrètement ?

Avant de répondre à cette question, commençons par la situer pour en mesurer l’enjeu et l’intérêt.

Le rythme, un phénomène distinct

Un article précédent nous a permis de voir avec Dom Frénaud, en quel sens on pouvait parler de phénomène rythmique. Il s’agit bien d’un phénomène objectif, car il est fondé sur des relations réelles, mais insistons encore il s’agit d’un phénomène relatif. Voyons maintenant comment il se distingue des autres phénomènes sonores.

            Le contradicteur que Dom Frénaud entend réfuter pour défendre Dom Mocquereau affirmait que « D’après ce nouveau Système, … il existerait un phénomène distinct des quatre qualités[1] sensibles reconnues par les physiciens, en particulier de l’intensité, et qui serait le véritable facteur de tout rythme. »[2]

            Ce modeste distinct se renforce singulièrement au cours de l’exposé :

            « Les jalons de ce rythme … ictus ou touchements, n’ayant aucun rapport comme tels, avec l’élément d’intensité ou de durée. […]

            Pour déterminer le compartimentage rythmique, ce qui compte, ce n’est nullement la valeur de chaque syllabe ni son rôle dans la constitution phonétique du mot, c’est l’ordre de numération des syllabes. […]

            Le nouveau système prétend exclure comme une erreur le droit des phénomènes sensibles – celui de l’intensité surtout – à constituer à eux seuls un rythme objectif. »[3]

            Qu’en penser ?

Les facteurs du rythme

Poursuivons avec Dom Frénaud, l’analyse de l’objection de Dom David contre la théorie de Solesmes « D’après ce nouveau Système, … il existerait un phénomène distinct des quatre qualités sensibles reconnues par les physiciens, en particulier de l’intensité, et qui serait le véritable facteur de tout rythme 1. » Dans les deux articles précédents nous nous sommes arrêtés à l’expression phénomène distinct, pour voir en quel sens elle se justifiait. On peut parler de phénomène pour le rythme tant que l’on sauvegarde le caractère relatif, on peut parler de phénomène distinct, mais il ne faut pas en tirer que le rythme serait séparé ou indépendant. Qu’en est-il de l’expression facteur de tout rythme ?